Sur quelques pourcentages, France vs Savoie

« Il y a deux histoires, l’une que l’on enseigne et qui ment, l’autre que l’on tait parce qu’elle recèle l’inavouable. » (d’après Honoré de Balzac)

La France n’a en Savoie d’autre légitimité qu’un traité d’annexion, mais reposant, diront certains, sur un monumental 99,8% de OUI en sa faveur.

Alors, la question qui se pose immédiatement après l’énoncé d’un résultat aussi monolithique sera : « Est-il possible d’affirmer que les chiffres ne veulent absolument rien dire, fussent-ils aussi unanimes ? » La réponse est OUI !

Comment démontrer une telle affirmation, sans immédiatement soupçonner son auteur de faire preuve d’une très grande malhonnêteté intellectuelle ?

Rien de plus facile, surtout quand cette démonstration est faite par le grand historien français Henri Amouroux (voir note 1.). Celui-ci constate qu’un peuple envahi et sous domination ne dispose plus de ses capacités psychologiques de résistance, alors, de ce peuple apeuré, émerge une majorité écrasante soumise à son dominateur du moment.

Rappelons-nous qu’avant le plébiscite des 22 et 23 avril 1860, dès le 28 mars 1860, l’armée française pénétrait en Savoie et en occupait sa capitale, Chambéry, agissant ni plus ni moins que comme une armée d’occupation… d’occupation, dites-vous !

Occupation, ce mot qui parle encore à chaque Français… Eh bien, voyons ce que ces années d’occupation ont fait dire, et surtout fait faire, au peuple français, lui-même soumis 80 ans après nous, Savoyards, à une invasion suite à sa défaite de 1940 ; et quel a été le sentiment dominant qui a traversé ce peuple placé dans ce dur et pénible contexte temporel.

L’historien Henri Amouroux observe que les Français étaient majoritairement… pétainistes (voir note 2.), jusqu’au débarquement en Normandie du 6 juin 1944… « Qu’on le veuille ou non, la France de 1940 à 1944 a été pétainiste et passive à 90 ou 95% »… une majorité écrasante !

Alors voilà, aux fanatiques et tenants de l’irrémédiabilité de l’annexion de la Savoie, qui s’arc-boutent sur la seule réalité chiffrée de l’événement, nous pouvons affirmer que cette réalité ne fut que temporelle et que, dès lors, un 99,8 voire un 100% de oui, n’est pas figé à perpétuité !

Dans les conditions d’une occupation, c’est le contexte qui s’exprime et non le peuple ! Aujourd’hui, en 2018, qui oserait confiner pour l’éternité le peuple de la France dans le choix qui fut le sien en 1940 ? alors qu’un peuple occupé et soumis à une force d’occupation étrangère n’a pas le choix ! pas plus que ne l’a eu le peuple de la Savoie en 1860, occupé et soumis lui aussi à une force armée étrangère !

Pour ce qui est de la France, le danger ayant maintenant disparu, la proportion de 90 à 95% de pétainistes tomberait en 2018 à un minuscule et ridicule 0,00001%… oui, il y aura toujours UN nostalgique !

De même, si le peuple de la Savoie de 2018 était à nouveau questionné à propos de la fameuse autant que fumeuse interrogation : « La Savoie veut-elle être réunie à la France ? », attendez-vous là aussi à un 0,00001% de OUI !

Le temps a passé, emportant avec lui le contexte de 1860 comme il a emporté celui de 1944 ! Alors, que la France cesse de figer les chiffres qui l’arrangent ! quand dans le même temps, elle met tout en œuvre pour faire oublier ceux qui la dérangent et la déshonorent ! Imaginez un : « Salut à toi, France pétainiste, pays au 95% de collaborateurs passifs d’une puissance totalitaire, criminelle et génocidaire ! » Insupportable autant qu’idiote et injuste réflexion, n’est-ce pas? – Oui, alors oublions aussi ce : « Salut à toi, Savoyard qu’on a voulu français en 1860 ! »

Imaginons que pour nous aussi, en Savoie, après ce funeste mois d’avril 1860, nous ayons eu la chance d’avoir en 1864 un 6 juin libérateur ! Rien ne serait pareil aujourd’hui, comme rien ne fut plus jamais pareil pour la France après ce 6 juin 1944 !

Un peuple à la liberté perdue et puis miraculeusement retrouvée ne la sacrifiera plus jamais à un autre !

Nous aussi en Savoie, nous pourrions l’avoir ce 6 juin, pourquoi pas un plébiscite au 6 juin 2020 ?

Un plébiscite pour répondre aujourd’hui, à une question vieille de bientôt 160 ans avec juste une minuscule variante : « La Savoie veut-elle encore être réunie à la France ? »

Note 1. Henri Amouroux est né le 1er juillet 1920 à Périgueux. Il fit ses études à l’Institut supérieur de journalisme de Paris. Il travailla d’abord à l’agence de presse Opera Mundi, à Paris, puis au journal La petite Gironde, à Bordeaux, avant d’entrer dans la Résistance. Il sera titulaire de la Croix de guerre. A la Libération, Henri Amouroux participe à la fondation du journal Sud-Ouest dont il sera directeur général. En 1974 et 1975, il est directeur de France-Soir, puis codirecteur de Rhône-Alpes. Il a été durant vingt ans président du prix de journalisme Albert-Londres qui récompense chaque année le travail d’un journaliste. Il a été également membre puis président de l’Académie des sciences morales et politiques. Henri Amouroux est mort le 5 août 2007 en Normandie.

En 1985, à l’occasion de la parution du septième tome de La Grande Histoire des Français sous l’Occupation (10 tomes en tout), Henri Amouroux est l’invité de Midi-public.

https://www.rts.ch/archives/tv/divers/archives/3448906-henri-amouroux.html

Note 2. Pétainiste : adjectif et nom. Partisan du maréchal Pétain et de sa politique de coopération avec l’occupant allemand, militairement vainqueur.

http://www.cnrtl.fr/definition/p%C3%A9tainiste

Notre ami Pierre

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