Billet d’humeur d’un savoisien

Château de Coudrée ou de Foron (Sciez, Chablais)

Quel plaisir d’avoir passé un de ces dernier samedi dans le magnifique cadre du château de Coudrée, anciennement de Foron, à l’occasion du mariage d’un excellent ami.
Quel écœurement de manger dans le restaurant appelé François 1er- rien à voir avec l’excellente qualité gustative des divers plats -, mais à cause de cette ignominieuse dénomination du lieu.
Comment peut-on, dans un château du XIIe siècle, dans le Chablais, savoyard dès 1’034, qui appartenait à l’abbaye de Saint-Maurice, patron de la Savoie, puis à la puissante famille d’Allinges dès le XIIIe siècle, l’une des plus anciennes de l’Europe, vassale de la famille de Savoie dont les armes ne sont autres que celles de la Savoie hormis que la croix est d’or et non d’argent ; comment peut-on, dans une telle demeure chargée d’histoire purement savoyarde nommer le restaurant qui s’y trouve du nom du 1er roi français qui a entamé la série d’invasions françaises de la Savoie, la première, de février 1536 au 14 juillet 1559 (fin de l’invasion française, véritable « 14 juillet » en Savoie), jusqu’à la 8e, depuis 1860, dont nous subissons toujours la francitude.
François 1er, honoré à tort dans ce beau château savoyard, avait envahi la Savoie sous prétexte d’en être l’héritier par sa mère, Louise de Savoie, alors même que cette dernière, lors de son mariage avait signé l’acte coutumier de renonciation à ses biens.
Il est vrai que les Savoyards sont maintenant habitués, soumis et veules face aux divers irrespects des actes et traités par la France les concernant, particulièrement face aux diverses clauses du dernier traité d’annexion de 1860, non respectées par la France – sans même que soit prise en compte la façon frauduleuse dont s’est déroulé le « fumeux plébiscite » d’avril 1860 -, ou face au non-respect par la France du traité de paix de Paris de 1947. Cela provient très probablement d’une méconnaissance crasse de leur propre histoire.
A propos de toutes ces invasions et annexions françaises de la Savoie, l’on peut citer Claire Pittard dans son livre Histoire de la Savoie et de ses États (Ed. Yoran, Fouesnant, 2016) au chapitre « Les invasions de la Savoie » : « Il faut savoir que les soldats envahisseurs vivaient sur les populations prises aux pièges, Cela signifiait […] pillage, incendies, viols, cruauté […] massacres, dernier acte qui représentait, surtout pour les femmes violées, le meilleur des sorts. L’invasion accomplie, les rescapés se voient rançonnés et dépouillés de ce qu’ils ont pu sauver […] ils sont taxés pour contribuer à l’enrichissement du pays occupant. Un pays conquis est un pays ruiné. Les réserves de vivres sont confisquées pour les besoins de l’armée ennemie […] Les champs sont piétinés par les envahisseurs, les récoltes[…] dévastées, le bétail volé et dévoré : la famine s’ensuit, ainsi que les maladies apportées par la soldatesque, qui tournent vite en épidémie […] Les miséreux sont 3 à 4 fois plus nombreux qu’avant l’invasion […]Beaucoup d’archives et d’œuvres d’art brûlent […] Pour avoir plus de détails sur les destructions causées par une invasion à cette époque, il faut se référer au travail de bénédictin accompli par Paul Delsalle, qui a fait une recherche fouillée à propos de la Franche-Comté envahie par Henri IV en 1595, en même temps que la Bresse savoyarde, et particulièrement au chapitre XI (« À feu et à sang ») de son livre L’Invasion de la Franche-Comté par Henri IV (Ed. Cêtre, Besançon, 2010) ».
Et ce sont ces français barbares, appelé i barberi francesi , par les cités-États italiennes qui subissaient également les invasions françaises, que l’on glorifie au château savoyard de Coudrée, par le nom bien inapproprié de son restaurant « François 1er » !
Et si l’on appelait une bonne auberge parisienne du nom d’Adolphe ?

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